116 Rue Albert-Londres

Lundi matin, il est 9h33. Je reçois un dixième mail de l’assistante de ma boite. Elle me demande (pour la dixième fois) pourquoi elle ne peut pas cliquer sur ce p… de bouton grisé pour valider son bon de commande. Harcèlement ! Prise de panique aigüe, je me demande qui est passé sur mon berceau pour mériter ce supplice. Non je ne répondrai pas, pas cette fois ! Gamine, je regardais les belles images du monde sur la télé cathodique de papa, les yeux brillants et l’appétit grand. Trentenaire, je considère avec amertume l’écran de mon ordinateur de bureau, sous une lumière néonnesque. Mon collègue, lui, fait une conf call.

Je ferme la fenêtre clignotante des correspondances professionnelles qui me COGNENT le cerveau et je décide plutôt d’écouter la radio (http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1108091). 116 rue Albert-Londres sera ma tanière.

116 rue

« C’était un mode de vie qui ne me convenait pas. C’est à dire qu’il y avait des réunions sans arrêt. C’est-à-dire que je voyais les secrétaires préparer leurs vacances trois mois à l’avance. Moi s’il fallait travailler un samedi, je travaillais un samedi. J’avais pas du tout cette conception du travail. La hiérarchie était très lourde. Il fallait faire des notes, etc. C’était pas assez actif pour moi […] J’ai toujours aimé l’aventure et l’histoire. »

Intriguée, je tends l’oreille et monte le son, m’éloignant des préoccupations environnantes. Et s’en suit un torrent de mots qui inonde mon ennui : « anniversaire de l’invasion de Chypre  par les forces turques » ; « escadrons de la mort au Salvador » ; « pendant 4 jours, nous avons traversé le Caucase, Il y avait des loups mais les Tchéchènes n’ont pas du tout peur des loups » «J’étais à Beyrouth  en 84» « j’ai couvert le Congo-Brazzaville en 1997 » ; « j’ai dû m’exfiltrer en passant le Zaïre sur une pirogue »

Cet individu radiophonique réveille en moi le souvenir des cours d’histoire de lycée. Mon prof, gaulliste et passionné, était toujours déçu de la médiocrité de mes dissertations. Pourquoi, étais-je si fainéante à 15 ans ? S’il me voyait aujourd’hui, baver d’ennui devant mon poste et saliver d’envie devant ces fresques historiques…

Le monsieur que j’écoute s’appelle Renaud Girard, il est chroniqueur international, brillant reporter de guerre pour le Figaro. Quelle figure ! Je ne sais pas à quoi ressemble l’envers du décor mais l’endroit lui est savoureux. Immédiatement, je me projette à l’avant du Cargo direction l’Oman, couvrir le prochain clivage yéménite. Plus sérieusement, je me vois mal être reporter de guerre, j’ai peur des souris et il m’arrive d’avoir le vertige. Mais comme il fait bon de rêver.

Mon chef est à la porte de mon bureau. Il veut certainement me dire que l’assistante en question l’a appelé et qu’elle attend mon retour d’urgence ! Je feins d’être au téléphone (miracle que ces casques avec micro) et lui mime que je passerai le voir après. ASAP ! TTM ! Deadline ! Ce flot scandaleux de mots là me suggère beaucoup plus sérieusement d’élire domicile au n°116.

De retour sur les ondes. Il ne reste que 10 minutes à mon escapade. Sir Girard parle du manichéisme général des journalistes géopolitiques et des nuances de gris. Il est à la mode ce Renaud. Même s’il vagabonde sur les routes orientales, il est bien au courant des préoccupations occidentales.

« Ce type est un gentleman, j’ai envie de faire le même métier que lui. »

L’émission se termine. Mon collègue, qui a raccroché depuis, me propose de prendre un café. J’accepte en me promettant de prendre des cours d’histoire en ligne…

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« Let me tell you something you already know. »

« Dans une déconstruction loufoque du film Flashdance, Eric Languet questionne une nouvelle fois l’humain et ses paradoxes. Une création internationale qui risque de nous renvoyer un reflet décapant : celui de nos rapports aux autres et au pouvoir. Ils sont huit, unis par leur amour de Jennifer beals, actrice principaledu film Flashdance. »

(Source : Centre Dramatique de l’Océan Indien)

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Prologue d’une belle soirée

Nous sommes le 11 avril, il est 20h à ma Swatch et j’ai 15 ans. Je suis de sortie avec mes copines, et pour l’occasion je me suis offert une bière. Waouh, trop canon le chanteur ! Comment il s’appelle ? Charles 10 me dit Justine. On dit Charles DIX ou Charles X ? Peu importe ! Mate un peu ses abdos !!!

Quelque chose cloche. C’est à la première gorgée (la bière n’est pas amère) que je me rends compte de la supercherie et c’est à la deuxième (je ne suis toujours pas pompette) que je sais que je n’ai plus 15 ans. Nous sommes en 2015, j’ai 30 ans. Read More

Le wanna be prolo

Le film tout feu tout flamme. Non, il ne s’agit pas de Fast&Furious 7 qui pourtant a attiré autant de foule qu’un jour de soldes au Printemps, mais de Inherent Vice, la nouvelle œuvre de Paul Thomas Anderson.

Que dire? Franchement, je m’époumonerais sans aucun doute dans quelconque tentative d’explications même résumées de la trame tentaculaire de ce monstre cinématographique. Rien qu’à l’idée de faire une synthèse, je souffle avec harassement. Alors plutôt qu’oser une affaire impossible, parlons du protagoniste. Read More

Leçons de notre couple favori

Assister au concert de Piers Faccini et Vincent Segal c’est comme s’émouvoir dans la dernière scène du volet 3 d’Indiana Jones.IMG-20150409-WA0001 Pour ceux dont la mémoire flancherait ou bien dont la culture manquerait, après une aventure ahurissante mêlée d’énigmes, de templiers et de remarquables cascades, le fils embrasse le père, tous deux retiennent leurs larmes et tout est bien qui finit bien. C’est l’évidence même quand on réfléchit 3min53 au concert auquel on a assisté vendredi soir dernier au Séchoir de Saint-Leu. Piers-Indiana et Vincent-papa-Henry nous ont charroyés dans une chouette croisade, trépidés aux acrobaties musicales avant de nous attendrir à coup d’histoires vintages sur une époque qui n’existerait plus. Read More

La mélancolie des écervelés

Les standards des pièces de théâtre auraient-ils changé ? Il est où le temps où le public s’asseyait sagement face à un rideau rouge, guettant de l’oreille le son de la cloche indiquant le début des festivités ? Celui-là même qui laissait place à une scène décorée d’artifices et d’acteurs et vice-versa. J’ai bien l’impression que tout ça c’est révolu, et entre nous c’est pas plus mal.

Mardi dernier au teat Champ Fleuri de Saint-Denis, je suis allée voir La mélancolie des dragons. Read More

A lire si vous êtes un mécréant

« Pour les événements culturels à La Réunion, il faudra repasser » ! Depuis quand entends-je cette exclamation sortir de la bouche de mécréants ? Trop longtemps !! Pour leur répondre par écrit, parce que je suis franchement un peu lâche, je vais dresser une infime partie du côté nord du panorama des événements culturels réunionnais.  Aux sceptiques cités plus haut, je vous balance quelques-unes de mes sources, quitte à vous croiser. (Pour info, je suis une petite blonde aux yeux bleus). Read More